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Le septième anniversaire de l’inauguration du Jardin turc de la Paix
Tulipe et paix

M. Gérard Emin Battika, Consul général honoraire de la Turquie à Montréal; M. Gérald Tremblay, maire de Montréal; Massimo Pacetti, député libéral fédéral de Saint-Léonard/Saint Michel; Maria Mourani, député bloquiste d’Ahuntsic; ainsi que le représentant de la ministre de l’Immigration Yolanda James ont coupé ensemble le gâteau pendant du le septième anniversaire de l’inauguration du Jardin turc de la Paix.


CAROLYNE WELDON

C’est le 24 mai dernier que se célébrait le septième anniversaire de l’inauguration du Jardin turc de la Paix au Jardin botanique de Montréal. La célébration, qui a débuté en fin d’après-midi sous un bienveillant soleil printanier, a réuni diverses personnalités politiques ainsi que de nombreux membres de la communauté turque montréalaise. Le jardin, offert par communauté à la ville de Montréal au printemps 2000, se veut le symbole de son attachement à la paix et à l’harmonie.

Tour à tour les invités d’honneur : M. Gérard Emin Battika, Consul général honoraire de la Turquie à Montréal; M. Gérald Tremblay, maire de Montréal; Massimo Pacetti, député libéral fédéral de Saint-Léonard/Saint Michel; Maria Mourani, député bloquiste d’Ahuntsic; ainsi que le représentant de la ministre de l’Immigration Yolanda James, ont pris le micro et se sont exprimés sur la nécessité de promouvoir l’ouverture, le dialogue, l’harmonie et la paix, sous l’œil attentif du père de la république Mustafa Kemal Atatürk, présent comme il se doit sous forme de drapeau. Une fois les discours terminés, musique et conversations ont repris de plus belle autour des plateaux de börek et autres feuilles de vignes voguant au travers du jardin. Les jeunes gens, filles et garçons, ont pour leur part présenté une série de danses folkloriques. Une fois la représentation terminée, jeunes danseurs et spectateurs se sont mêlés le temps de quelques pas de danses, avant que leur attention ne soit happée par l’arrivée des baklavas et le partage d’un immense gâteau orné du motif de l’étoile et du croissant.

Plusieurs aspects de l’aménagement du Jardin turc de la Paix témoignent du riche héritage de cette nation. On y retrouve d’abord une fabuleuse collection de tulipes importées de Turquie. La tulipe, bien qu’aujourd’hui associée à la Hollande, proviendrait en fait des terres arides de l’Asie Centrale. Possiblement arrivée en Anatolie dans les bagages de Genghis Khan, la tulipe a très tôt gagné la faveur des occupants des palais de Topkapi. En effet, cette fleur, qui ornait le blason des sultans, valait son pesant d’or. À l’époque ottomane, il était interdit de l’acheter ou de la vendre en dehors de la capitale. C’est au 18e siècle, sous le règne d’Ahmed III, que la folie des tulipes a atteint son apogée. On raconte que chaque printemps, les soirs de pleine lune, le sultan donnait au palais des fêtes somptueuses, où les invités, gravitant parmi d’immenses vases remplis de bouquets de tulipes rares illuminés par des lanternes de cristal, se faisaient sérénader par de pleines volières de canaris et de rossignols. C’est d’ailleurs d’Istanbul que provenaient les premiers bulbes de tulipes qui sont parvenus en Europe, à la cour de l’Empereur Ferdinand 1er. Encore aujourd’hui, la tulipe occupe une place prépondérante en Turquie, dont elle est la fleur nationale.

 

Les céramiques d’Iznik (de la ville d’Iznik, près de Bursa, au nord-ouest de l’Anatolie) ornant les stèles du jardin font aussi partie intégrante du patrimoine turc. Ces faïences, qui présentent, dans des tons de bleu, rouge carmin ou turquoise sur blanc, des motifs de fleurs, d’animaux ou de fontaines, ont été spécialement commandées de Turquie pour l’aménagement du jardin. Quiconque a visité la ville d’Istanbul aura pu apprécier ces tuiles uniques, toutes peintes à main, qui décorent les murs intérieurs et extérieurs de maintes mosquées (Süleymaniye, Sultanahmet, Rüstem Pasa, Atik Valide, Sokullu Mehmet Pasa), les pavillons du palais de Topkapi ainsi que les mausolées des princes ottomans. La plupart des constructions attribuables à l’architecte Sinan, qui incarnent l’apogée de l’art impérial, étaient parées de ces céramiques. Pour de multiples raisons, dont notamment un décret de 1585 obligeant les artisans d’Iznik à consacrer la totalité de leur production au palais du sultan, cet art a lentement périclité pour enfin disparaître complètement. De plus de 300 au début du siècle, on ne recensait plus que neuf ateliers en opération à Iznik en 1648. Par la suite, les secrets de fabrication des céramiques d’Iznik ont sombré dans l’oubli, accompagnant dans le trépas les derniers maîtres d’ateliers. Ce n’est que plus de 300 ans plus tard, au cours des années 1990, qu’à la suite de fouilles archéologiques menées à Iznik, les méthodes de fabrication de ces céramiques ont été redécouvertes. La fondation Iznik, mise sur pied en 1993, a permis la reprise de la fabrication et aujourd’hui, une nouvelle génération de céramiques, qui tentent de conserver le génie des spécimens ottomans tout en se parant parfois de quelques atours plus modernes, orne de nombreux bâtiments et lieux publics à travers le monde.

La genèse du Jardin turc de la Paix, qui remonte à la fin des années 1990, est intimement liée au rapport relativement crispé existant entre les communautés turques et arméniennes de Montréal. En effet, l’idée de la communauté turque d’installer dans un espace public de Montréal, un jardin destiné à promouvoir la paix, était hautement contextuelle. En 1998, dans le parc Marcellin Wilson, à Montréal, la communauté arménienne avait inauguré un monument de marbre blanc érigé À la mémoire de tous les peuples victimes de génocides au XXe siècle. Selon plusieurs membres de la communauté turque, l’érection de ce monument commémoratif arménien s’inscrivait dans une dynamique guerrière et suscitait la discorde plutôt que l’apaisement. C’est du désir de sortir des polémiques et des affrontements et de s’affirmer en tant que communauté valorisant la paix et l’harmonie, que l’idée d’un tel jardin a germée. Depuis sept ans maintenant, le jardin est donc le théâtre, tous les ans, d’une grande fête printanière qui, en plus de permettre à la communauté de se rassembler, lui donne l’occasion de réitérer ses vœux pacifistes qui, elle l’espère, seront entendus.

Photos par Ömer F. Özen

Juin 2007

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