D'ICI, D'AILLEURS


L'argile et l'exil,
selon Nureyla Kama

par Carolyne Weldon

Ces jours-ci, Nureyla Kama présente, en compagnie d'une dizaine de femmes issues de diverses communautés culturelles, l'exposition "À fleur de peau : la rencontre transculturelle comme source de création", à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal. L'exposition, qui se poursuit jusqu'au 20 janvier 2008, fait découvrir, en quelques photos, les œuvres que ces femmes ont réalisées au cours d'un exercice de médiation culturelle, sorte de forum d'échange entre différentes cultures et démarches artistiques amorcé en septembre 2007.

L'instigatrice du projet, la chorégraphe Isabelle Choinière, qui avait fondé au début des années 1990 la compagnie de danse contemporaine et expérimentale Le Corps Indice, avait eu envie d'explorer, avec ce groupe de femmes artistes, la thématique de la peau et du toucher. Le projet s'est soldé par la création d'œuvres fort variées, allant de la gravure au tissage, en passant par l'art mural.

Dans le cadre de cette exploration, Nureyla Kama s'est intéressée au modelage d'argile sur modèle vivant, travaillant ce matériau directement sur la peau d'une femme enceinte. L'œuvre finale, qui rappelle à certains égards les artifices du théâtre, présente une figure humaine un peu troublante, largement déformée et altérée par l'argile. Son visage, raviné et usé, rappelle plutôt la souffrance du monde, vieille comme les pierres, que la beauté de la naissance à venir.

Rencontrée il y a quelques semaines, Nureyla Kama raconte de sa voix très douce, avoir toujours eu un penchant pour les arts. Dès l'enfance, elle était attirée par les fusains et les pastels, desquels elle tirait des images qui, avoue-t-elle, étaient "souvent plutôt sombres". Des dessins qui des années plus tard, avaient poussé l'un de ses mentors à comparer son style à celui de l'artiste mexicaine Frida Kahlo.

À Montréal, au contact d'artistes tels Guy Pierre et Jean-Louis Émond, Nureyla Kama a délaissé ses fusains pour l'argile. Très inspirée par cette matière, qui pour elle symbolise le début comme la fin de toute chose, elle a perfectionné sa technique au fil d'ateliers de modelage d'après modèle vivant. Sa démarche artistique, qui découle entièrement de son statut de femme kurde, qu'elle clame d'ailleurs haut et fort, est axée sur les enjeux de l'exil et du cycle de la vie.

Comme l'explique la sculpteure, la notion d'exil oppose chez elle les thèmes de l'enracinement et du déracinement et englobe les réalités telles la diaspora, l'immigration et l'apatridie, particulièrement en relation avec la réalité kurde. Son autre grand thème, le cycle de la vie, aborde les dynamiques de la naissance et de la mort, tant au niveau individuel que collectif, personnel que national.

Nureyla Kama habite Montréal depuis maintenant sept ans.

Originaire de l'est de la Turquie, elle est arrivée au Canada en 2000, un diplôme de travail social de l'Université Hacettepe (Ankara) en poche. Deux ans et de nombreux cours de français plus tard, elle a intégré le marché du travail comme intervenante communautaire et animatrice socio-culturelle dans différents centres ou foyers pour femmes. Toujours active dans le milieu, elle aimerait un jour tenter d'intégrer l'art à ses activités professionnelles, notamment par le biais de l'art-thérapie.

D'ici là, elle prépare déjà sa prochaine exposition de groupe, prévue pour le printemps 2008.


DECEMBRE 2007

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