SOUVENIR DE VOYAGES 2009
LOUISE LAURIN


UNE EXTRAORDINAIRE VISITE II

Göbekli Tepe
Fascinant sanctuaire érigé il y a plus de onze mille ans

Suite de numéro précédent.

Selon Klaus Schmidt, "elles symbolisent des assemblées humaines, et les pierres levées, disposées en cercle, représentent des personnages stylisés". Certains indices laissent à penser que beaucoup de choses restent à découvrir.

Il y a quelques années, Klaus Schmidt et son équipe découvrirent une pierre en forme de T, à moitié extraite d'un lit de pierre à chaux, à un kilomètre du site. Cette énorme pierre mesure 9 mètres de long et était apparemment destinée à rejoindre les autres piliers de Göbekli. "La pierre est fendue, elle a donc dû se casser", explique Schmidt, "lorsque cela est arrivé les constructeurs l'ont probablement abandonnée pour en commencer une autre".

Tout cela nous montre qu'il y a probablement d'autres pierres de cette hauteur qui n'ont pas encore été découvertes. En effet, les analyses géomagnétiques des montagnes artificielles de Göbekli Tepe indiquent qu'au moins 250 pierres supplémentaires seraient encore enfouies dans le sol.

A ce jour, quarante pierres monumentales en forme de T et atteignant 3 mètres de haut ont été sorties de terre, la plupart gravées. Sur certains piliers, on peut voir de nombreux animaux finement représentés (serpents, canards, grues, taureaux, renards, lions, sangliers, vaches, scorpions, fourmis). Certaines de ces gravures ont été volontairement effacées, peut-être en préparation d'autres représentations.

Pratiques religieuses

Se basant sur les importantes représentations d'animaux, Schmidt indique qu'il doit s'agir d'une culture shamanique à rapprocher de la culture sumérienne et mésopotamienne. La présence de gravures de points décoratifs et de motifs géométriques, fréquents dans ces cultures, semblerait corroborer cette hypothèse. On trouve des motifs utilisant des points comme à Byblos, beaucoup de motifs identiques à Nemrik, Helwan et Aswad. On peut donc supposer des pratiques rituelles proches.

Au début des années 90, le préhistorien Jacques Cauvin avança la thèse que le développement de la religiosité a poussé les hommes à se regrouper pour vivre et célébrer les rites en société. Göbekli pourrait lui donner raison.

Göbekli Tepe et
les débuts de l'agriculture

Ce site de Göbekli Tepe montre notamment que l'humanité disposait, à une époque préagricole, de moyens suffisants pour mettre en place un lieu de culte imposant, idée qui contredit l'hypothèse que l'agriculture aurait précédé toute érection de constructions importantes. C'est probablement l'œuvre d'une tribu de chasseur-cueilleurs.

Schmidt spécule sur le fait que le site ait joué un rôle majeur dans la transition à l'agriculture ; il suppose que l'organisation sociale nécessaire à la création de ces bâtiments a favorisé une exploitation organisée du blé.
Göbekli Tepe répond peut être également à la question: "Pourquoi l'homme n'a pas inventé l'agriculture avant ?". Des recherches annoncent que les débuts de l'agriculture furent associés à une baisse de la qualité alimentaire. Ce ne fut que lorsqu'on qu'on créa des " potagers religieux " pionnier pour raison religieuse, que les sélections et techniques de plantations s'améliorèrent, permettant l'émergence d'une agriculture nourricière. Ce "grand bond en avant" religieux ne serait apparu qu'en 10.000 BC, en Anatolie.

Göbekli Tepe étant situé dans la région de Turquie surnommée le Croissant fertile, probablement le lieu d'origine de l'Engrain (variante du blé), première céréale utilisée par l'homme.

Cela dit, aucune trace de plantes ou d'animaux domestiqués n'a été trouvée. On n'a pas plus retrouvé d'habitations durables, en pierre. Ainsi donc, cette transition reste encore aujourd'hui une hypothèse. Pourtant, on a retrouvé, ensevelis à 4 m de profondeur, c'est-à-dire datant de la même période que les temples, des outils, comme des racloirs, des pointes de flèches, des os d'animaux (gazelles, lièvres), des graines sauvages et du bois carbonisé. Cela prouve avec les silex retrouvés, une présence humaine durable. Cela conforte l'idée que les hommes de Göbekli se nourrissaient de gibiers, de plantes et de fruits qu'ils cueillaient et chassaient, sans être éleveurs ou fermiers.
Enfouissement de Göbekli "Toutefois" selon Klaus Schmidt, "une chose étrange s'est produite en 8000 avant JC., pendant la transition vers l'agriculture: Göbekli Tepe a été enterrée délibérément, et non pas par une coulée de boue. Pour des raisons inconnues, les bâtisseurs ont décidé d'enterrer le site. La terre que nous retirons sur les pierres a été placée ici par l'homme. Toutes ces collines sont artificielles."

(Sources: Wikipédia, Maxisciences, smithmian, mag ; "Do the mysterious stones mark the site of the Garden of Eden (dailymail)

Louise Laurin


Göbekli Tepe I

Avril 2010