Mai 68 en Turquie et après I

La revendication première était de changer toutes les conditions par rapport à l'éducation

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par Damla Önol

Plusieurs pays du monde ont connu durant les années soixante, une période de tension chez les étudiants universitaires. La France est reconnue pour être une nation agitée dans laquelle ses citoyens manifestent souvent dans la rue contre les injustices et pour leurs revendications. Mai 68 est donc le mouvement social regroupant les étudiants universitaires d'un côté et le mouvement ouvrier de l'autre, déclenché en France. La vague se propage dans plusieurs pays d'Europe comme l'Allemagne et la Tchécoslovaquie, et outremer, entre autre aux États-Unis et au Japon. Cette vague a également frappé la Turquie avec des nuances qui lui sont propre. En effet, la Turquie représente le modèle de pays du Moyen Orient qui tente, depuis Mustafa Kemal Atatürk, de s'occidentaliser. Le mouvement étudiant a été présent dans les métropoles de la Turquie, à Ankara, Istanbul et Izmir, puis, plus tard dans les petites villes. Aujourd'hui, quand nous observons l'évolution de ce pays complexe, nous voyons qu'il fallait une période de tension et de polarisation pour comprendre et revaloriser son état actuel en 2010. La présente étude démontrera, dans un premier temps, l'émergence du mouvement étudiant de mai 68 en Turquie, puis dans un second temps nous verrons les méthodes de mobilisation et les revendications du mouvement. Finalement, nous verrons en quoi le système politique et social turc est différent des autres pays occidentaux, notamment la France, ce qui disjoint sa situation depuis les années soixante à aujourd'hui. Pour illustrer les faits présentés, l'article de Aysen Uysal "Importation du mouvement 68 en Turquie, circulation des idées et des pratiques " dans la revue anthropologique de l'Université de Bologne en Italie, intitulée Storicamente, ainsi que l'ouvrage de Nadire Mater La rue est belle. Que s'est-il passé en 68?, composé de témoignage des acteurs ayants participé au mouvement et d'une partie explicative du contexte.

Durant les années soixante, la Turquie, dans sa globalité, connait des transitions politiques, en 1965 le Premier Ministre Süleyman Demirel fut élu à 52 pour-cent de votes, menant au pouvoir le Parti de la Justice (Adalet Partisi). Entre temps, les conflits géopolitiques avec la Grèce concernant la Chypre continuent, l'OTAN due intervenir pour assurer l'ordre des deux pays membres. Quelques-unes de ces réunions ont eu lieu dans les amphithéâtres d'universités à Istanbul. Il faut aussi savoir que la présence militaire dans l'autorité était très dominante, en effet, si le gouvernement n'arrive pas à maintenir l'ordre de la société, l'armée posait sa pression pouvant parfois mener à des coups d'État militaire. D'un autre côté, les mouvements universitaires en France avaient commencé, il y avait des étudiants d'origine turque qui furent témoin des mobilisations et qui ont informé leurs camarades des activités qui se produisaient dans les rues parisiennes. Dans les grandes villes turques, le niveau d'éducation était beaucoup plus élevé qu'en campagne, mais le niveau d'une majorité de la jeune population se limitait aux études primaires et secondaires. L'accès aux études supérieures était principalement réservé à la classe élite, aisée et parfois moyenne, et ce sont ces mêmes groupes qui furent les acteurs principaux du mouvement étudiant. En 68, nous pouvions compter huit universités qui étaient situées dans les grandes villes de la Turquie dont: Ankara (la capitale), Istanbul et Izmir, donc pour qu'un étudiant, provenant de la campagne, aille étudier en ville, il lui fallait toutes les ressources économiques pour lui permettre de se loger, se nourrir et étudier, ce qui fut finalement très ardu. Ces universités étaient publiques, financées par le budget pour l'éducation de l'État, mais son accès était d'autant plus difficile, ceux-ci étaient la génération étudiante : "qui sont nés en 1947, ils sont aussi appelés les "quarante-septards" en partant de leur année de naissance1". Les "quarante-septards" se faisaient remarquer par leur tenue vestimentaire entre autre: "Le port en hiver de la parka de Che et des bottes militaires achetées du fripier (...). Les femmes ont essuyé leur maquillage, leurs jupes ont été remplacées par les pantalons et par les chemises d'hommes2 ". Par cette dernière citation nous comprenons qu'il y a un désir fortement présent de mouvement représenté par les symboles portés par les étudiants. Les premières manifestations contre la privatisation des institutions scolaires étaient en 1967, regroupant plus de cinquante mille étudiants revendiquants la nationalisation de l'éducation. Le nombre d'étudiantes était bien inférieur par rapport aux hommes, et ce nombre était encore plus minime dans les études supérieures. Chaque année, durant cette période, plus de quinze mille étudiants tentaient d'accéder à l'université, sur ceux qui y parvenaient, la capacité des salles de cours et le nombre de cours donnés ne suffisaient plus à accueillir cette foule. Par exemple, dans une classe pouvant accueillir cinq cents personnes, on y comptait en fait plus de mille étudiants. Il était possible de rencontrer ce même problème de surcapacité dans les campus universitaires, en plus de savoir qu'il y avait encore plus de dix mille nouveaux diplômés lycéens qui attendaient d'accéder aux études supérieures.

La revendication première était de changer toutes ces conditions par rapport à l'éducation. En effet, augmenter la capacité d'accéder aux études et surtout de pouvoir obtenir un service d'éducation pouvant accroître le niveau culturel de la jeunesse turque, était, pour l'avenir de la Turquie qu'une transition positive à faire. Les étudiants exigeaient donc un financement pour leur besoin d'éducation et ce, à l'usage des boycotts et des mobilisations. Le premier boycott fut, suite à l'arrivée d'une jeune étudiante voilée à l'université d'Ankara. Ce fait provoqua la polarisation des étudiants, les kémalistes d'un côté, qui désiraient conserver la laïcité dans les institutions publiques, et d'un autre côté, les religieux et les étudiants exigeant l'égalité et la justice par rapport à la liberté de religion. L'Université d'Ankara resta fermé du mois de d'avril à juin, ce qui mena les étudiants à former les premières occupations dans leur mouvement en 1968. L'occupation en tant que telle était un acte pouvant mener au désordre social, elle était également considérée comme un acte contre la loi : "L'occupation est interdite par la loi (...). Elle a été considérée comme un répertoire spécifique aux organisations illégales qui veulent détruire l'État.3". Les acteurs ne se considéraient pas nécessairement kémalistes, mais plutôt gauchistes. Les étudiants se subdivisaient entre eux par rapport à l'idéologie qui les concernait. Le kémalisme prônait entre autre une certaine facette du nationalisme, celle de s'unir face aux autorités étrangères sans opter pour une discrimination quelconque, et il mettait de l'avant la notion de laïcité qui fut primordial pour Mustafa Kemal, c'est surtout grâce à l'établissement d'un État laïc que la Turquie a pu rompre avec le traditionalisme porté par la religion et le sultanat. Les "quarante-septards" quant à eux, ne remettent pas en cause la République de Mustafa Kemal, ils manifestent, d'une part, leur désaccord par rapport au gouvernement de Süleyman Demirel, des échanges et accords avec les États-Unis et l'OTAN. D'autre part, comme tout fondement de la gauche, ces étudiants réclamaient l'égalité et la justice, avaient des discours anticapitalistes et anti-impérialistes, et leur revendication première fut l'équilibre et une réforme pour améliorer le service de l'éducation dans le pays.

A suivre

Juin 2011