|
Dans son
premier recueil Vartan Hézaran nous fait connaître l'Ouest
canadien
par
ÖMER ÖZEN
Une
première œuvre de notre journaliste Vartan Hézaran a été publiée
par les Éditions du Blé au Manitoba.
Le premier
recueil de Vartan Hézaran qui s'intitule « Là-bas dans la
plaine », comporte six longues nouvelles et nous font découvrir
l'Ouest canadien.
Un conteur
exceptionnel, Vartan Hézaran qui, d'après lui, n'ayant plus
trouvé des bons auditeurs, décide d'écrire. Cela est une blague
sans doute puis qu'il écrivait autant dans sa tête que sur
les papiers depuis son enfance en a fait publié certaines
dans les revues littéraires et au journal Notre Anatolie.
Dans ses
nouvelles, Vartan Hézaran nous fait connaître les gens qui
passent de nos côtés dans les rues, dans les cafés ou dans
les bars que nous ne faisons pas attention ou qu'ils sont
invisibles à nos yeux.
Ces gens
sont peut-être un fermier, un chasseur, un ouvrier ou tout
simplement une serveuse dans un café ou bar... Ces gens font
parties de nos vies et ils vivent avec nous...
Vartan
Hézaran raconte et fait une histoire les petits moments de
ces gens-là avec une grande modéstie...
Il le
fait avec une finesse et sans vous surprendre. A la fin de
la lecture vous avez l'impression que ces gens-là étaient
assis hier soir juste près de vous au bar...
|
Vartan
Hézaran, l'Auteur du mois
|
 |
|
Vartan
Hézaran qui a participé comme conférencier à la 35e
édition du Salon du Livre de Montréal qui a eu lieu
du 4 au 19 novembre dernier à la Place Bonaventure,
a été déclaré comme l'Auteur du mois.
|
Le lancement
du livre « Là-bas dans la plaine », organisé par le journal
Notre Anatolie a eu lieu le 30 septembre dernier à la Taverne
Jarry.
Pendant
le lancement du livre nous avons eu l'occasion de lui parler.
Voici nos questions et ses réponses:
-
Pourriez-vous nous parler de vous, où avez-vous grandi, qu'est-ce
que vous avez fait avant de vous installer au Québec?
- Je suis né sur la rive asiatique d'Istanbul. Le
quartier où nous habitions, peuplé de gens simples et ordinaires,
était une banlieue pauvre de la ville. Enfants, pieds nus,
nous jouions dans la rue qui à cette époque n'était pas asphaltée
et il n'y avait que quelques maisons. On imagine la poussière
l'été et la boue l'hiver. J'ai fréquenté pendant cinq ans
la petite école qui s'y trouvait. Le secondaire, où l'enseignement
était entièrement en français, a été un désastre. Je ne réussissais
pas et j'étais toujours le dernier de la classe. J'ai décroché
à quinze ans et commencé à travailler comme vendeur à l'étalage
dans une quincaillerie située sur la rive européenne où on
vendait des articles d'électricité. L'année suivante, je m'entraînais
déjà à la boxe. Je demeure invaincu à Istanbul. Pendant cette
période je me suis aussi intéressé à la moto. Petit à petit,
avec l'exode rurale, le quartier s'est peuplé; on a construit
comme des champignons et les camions ont remplacé les voitures
à cheval. À vingt ans je me suis enrôlé dans l'armée et c'est
pendant mon service que mes parents ont émigré. À ma démobilisation,
toutes les rues du quartier étaient asphaltées. À la place
de notre maison, il y avait un immeuble de plusieurs unités
et tous mes amis dispersés. Dernièrement j'ai entendu dire
que la quincaillerie existe toujours.

-
Vos premières années au Québec?
- J'ai travaillé un an, appris le métier de soudeur et j'ai
acheté une moto. Ensuite, j'ai quitté ma famille et je me
suis installé dans une chambre au carré Saint-Louis. Désormais
j'apprenais à vivre dans un environnement entièrement québécois.
Si, aujourd'hui, je ne vis pas différemment des gens d'ici,
je dois mon intégration au carré Saint-Louis. D'ailleurs,
c'est là que j'ai rencontré une femme qui allait changer le
cours de ma vie. Elle enseignait la linguistique au CEGEP
alors que j'étais ouvrier; qualifié, mais ouvrier. Subissant
son influence, j'ai terminé le secondaire chez les adultes,
j'ai arrêté de souder et commencé mes études supérieures.
Aujourd'hui j'ai huit années universitaires. Non seulement
elle n'est plus dans ma vie, elle tire sur moi à coup de boulets
rouges (rires). Entre temps j'ai travaillé comme policier
dans la GRC et j'ai même eu la tentative de franciser l'Ouest;
mission impossible (rires).
-
Quels auteurs avez-vous lus? Est-ce que vous avez un ou des
auteurs préférés? Si oui, lesquels?
- Plusieurs; en trois langues : français, anglais et turc.
Mais surtout Hemingway, Maupassant, Saroyan et Nesin. Mon
préféré est Hemingway. J'ai lu son œuvre complète. J'aime
beaucoup les nouvelles de O. Henry.
-
Qu'est-ce qui vous a poussé à ne pas écrire dans l'une de
vos deux langues maternelles?
- D'abord, je suis presque analphabète en arménien. Je pense
que la langue vous pointe du doigt et vous dit « tu te serviras
de moi pour écrire ». Je n'ai jamais cherché à choisir parmi
les langues que je parle. L'environnement y est pour quelque
chose sans doute. On y parle français et j'y fonctionne en
français; y compris pour l'écriture. D'ailleurs, nous n'avons
qu'à penser à Panait Istrati, Roumain, à Samuel Beckett, Irlandais
qui ont écrit en français. Sans oublier, plus près de nous,
Halidé Édip et notre amie Yeshim Ternar qui ont choisi l'anglais.
-
Est-ce que vous écrivez facilement? A quel moment écrivez-vous?
Comme vous le savez, il y a des auteurs qui préfèrent écrire
dans un endroit silencieux. Mais aussi il y en a certains
qui préfèrent écrire, par exemple, dans un café, au milieu
de bruit...
- Non, j'écris très lentement et n'importe quand. À vrai dire,
j'imagine mes nouvelles souvent assis, seul, au comptoir d'un
bar. J'invente des histoires, des scènes, je fais parler mes
personnages et je recommence encore et encore. Je les change,
je les polis et une fois bien claire dans ma tête je m'assois
et j'écris. Mais il n'y a pas que les bars; il y a aussi les
nuits d'insomnie (rires).
-
Forcement, il y a une question qui vient à l'esprit. Dans
votre premier recueil vous ne contez pas les gens parmi lesquels
vous avez grandi ou ceux de votre entourage au Québec; mais
plutôt vous nous faites connaître des gens de l'Ouest. Pourquoi
ce choix?
- N'oublions pas que les gens de l'Ouest font partie de mon
entourage aussi. Je suis encore en contact étroit avec certains
d'entre eux. Mon prochain recueil sera sur le carré Saint-Louis
et les personnages seront majoritairement Québécois. Quant
à ceux parmi lesquels j'ai vécu ma jeunesse, certains étant
très colorés, ils pourraient paraître dans mes nouvelles à
venir.
-
Dans vos nouvelles, vous ne préparez pas le lecteur à entrer
dans l'histoire mais vous le faites directement avec les personnages.
Ce n'est pas un peu choquant? On dirait que le lecteur entre
dans un café ou un bar, il voit les gens assis au comptoir
et il commence à leur parler. Comme si vous ne vouliez pas
fatiguer le lecteur avec les sous-entendus... Vous ne faites
pas chercher Charlie dans vos nouvelles...
- On dit que l'art moderne choque (rires). Blague à part,
j'avoue que je ne veux pas écrire comme d'autres l'ont fait
avant moi. Mes nouvelles n'ont pas de véritable fin inattendue.
La surprise est souvent dans la durée du récit. Disons que
c'est ça mon originalité. Qui sait? Il est là Charlie, faut
pas le chercher désespérément pour se donner la satisfaction
de l'avoir trouvé et de se prouver qu'on a compris parce qu'on
est brillant.
-
C'est quoi la chance d'un immigrant dans la littérature du
pays. Est-ce qu'il y a des exemples?
- Je ne me pose pas cette question. L'écriture est comme un
ver; une fois que vous l'avez, il vous ronge sans arrêt et
vous finissez par écrire et vous continuez. Peu importe où
vous êtes venu au monde et où vous vivez. Le lieu de naissance
peut parfois nuire à l'écrivain. Un illustre Français a dit,
je cite de mémoire, « Que de Hémingway sont nés au Paraguay
». Quant à Hemingway, une partie de son œuvre est écrite à
Cuba et aucun de ses romans ne se déroule aux États-Unis.
Les exemples en abondent: Yourcenar, Joyce et j'en passe.
Oct-Nov
2012
|