Vartan HEZARAN
Écrivains québécois

 

Michelle Le Normand
(1895-1964)

Michelle Le Normand, Marie-Antoinette de son vrai nom, est née en 1895 à l'Assomption. Après avoir terminé son éducation au Couvent de la Congrégation Notre-Dame, elle continue ses études à l'Université de Montréal, à la Sorbonne et finalement à l'Institut catholique.

En 1916, paraissent ses articles dans Le Nationaliste où elle est en charge des pages féminines, tandis qu'en 1918 elle écrit pour Le Devoir.

Elle épouse l'écrivain Léo-Paul Desrosiers en 1922 et quelques années plus tard, en 1931, elle reçoit la médaille de l'Académie française.

Michelle Le Normand décède en 1964.

Dans ses romans, ses recueils de nouvelles ainsi que ses chroniques, Michelle Le Normand fait ressortir admirablement la joie incomparable de vivre et de rester jeune. C'est d'ailleurs dans son premier ouvrage qu'elle réussit à mieux décrire son enfance bruyante et naïve : Autour de la maison.

Nous vivons dans un milieu anglo-saxon

Nous vivons dans un milieu anglo-saxon. Malgré nous, à notre insu, nos yeux, nos oreilles absorbent donc, chaque jour, une dose plus ou moins forte d'anglais. Nous baignons dans une atmosphère anglaise, plus exactement américaine. Le cinéma, la radio, la presse, les périodiques, les relations commerciales, les relations mondaines sont autant de sources d'infiltration. L'anglais nous pénètre par tous nos pores. Même les mieux prémunis en sont victimes. Et si je ne craignais de blesser celui-ci ou celui-là, ce dont Qui ne suis pas des mieux prémunis). À force de respirer, de sentir, de voir, d'entendre, de toucher anglais, nous finissons par adopter tantôt un terme anglais, tantôt une tournure anglaise. C'est une prise de possession sournoise. On n'y résiste pas parce qu'on ne la sent pas et, une fois l'habitude acquise, il se passe beaucoup de temps, le plus souvent, avant qu'on s'en aperçoive et qu'on essaie de s'en corriger. Sans chercher le moins du monde à atténuer notre responsabilité, il faut néanmoins convenir que notre condition géographique ne favorise guère notre langue. Condition à laquelle ne se rapprochent ni celles des Belges ni celles des Suisses. Du point de vue du nombre d'abord; du point de vue de l'éloignement ensuite. Chez les uns et chez les autres, le français est loin d'être soumis à une pression aussi formidable, à une pénétration aussi violente que chez nous. Je l'ai dit : nous portons le poids de tout un continent. Et puis, nous sommes à mille lieues de la France tandis qu'eus en sont voisins. Une ligne les en sépare alors que tout un océan nous en éloigne. Il ne nous est donc pas possible comme à eux de nous ressaisir, de nous retremper. Pas aussi facilement et pas aussi fréquemment en tout cas. La distance nous en empêche et a distance avec e voisinage sont les deux premiers éléments dont il faille tenir compte dans la déperdition de nos forces, dans l'appauvrissement de notre langue.

Novembre 2008

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