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Fabuleuse
Turquie III
LOUISE
LAURIN
Un voyage
inoubliable!
L'Anatolie
centrale
(suite)
De la fantasmagorie
du paysage
au mysticisme millénaire
en passant par une civilisation disparue
et la conquête de la démocratie moderne
11e et 12e journée:
la Cappadoce
Journées consacrées
à ces paysages lunaires. Une des zones les plus singulières du monde,
la région se présente comme une succession de formations étranges,
de décors différents et parfois féériques presque oniriques.
C'est la main
lente et inexorable de l'érosion qui a modelé ces merveilles au
cours des millénaires; plus tard, l'homme est intervenu et a exploité
la formation et les qualités géologiques des terrains pour réaliser
d'autres monuments singuliers et suggestifs. L'histoire de ce décor
a commencé il y a 60 millions d'années...
Depuis toujours,
ces formes géologiques et étranges ont impressionné l'homme qui
les a peuplées de mythes et de légendes, les choisissant même comme
demeures. Elles sont classées par l'UNESCO au sein du patrimoine
mondial.
Au 6e s. av.J.-C.,
les Perses en firent leur province. Au 1er siècle de notre ère,
c'est la domination de Rome et la région devint un important foyer
du christianisme. Dès lors, elle attira de nombreux moines et ermites
à la recherche de solitude qui y creusèrent les premières églises.
C'est la naissance d'une Byzance rupestre.
Dans la vallée
de Göreme, nous admirons églises et monastères, nous visitons Avcilar,
la vallée des moines; Üçhisar où dans un paysage lunaire se dresse
un pic criblé de centaines d'ouvertures sur 25 niveaux qui pouvait
accueillir, dit-on tout le village. Nous visitons deux des plus
célèbres cités souterraines fascinantes, Kaymakli et Derinkuyu.
C'est résumer en bien peu de mots ce bout de terre qui paraît détaché
d'un autre monde, coloré au soleil couchant d'ocre rose, un spectacle
spectaculaire qu'on croirait sorti d'un conte fantastique Le seul
espoir: que l'avalanche de touristes ne gâchent pas ce site unique.
Nous admirons
l'habileté des ouvrières dans l'exécution des tapis avec le noeud
gordien, quand à Avanos, nous visitons l'école gouvernementale de
tapis. D'ailleurs, plusieurs se laissent tenter et se procurent
un tapis, véritable oeuvre d'art.
Deux soirées
organisées nous laissent des souvenirs inoubliables: le souper dans
un restaurant troglodyte, suivi de danses folkloriques et la soirée
dans un caravansérail restauré, où les derviches tourneurs nous
font partager leur cérémonie rituelle, mystique où l'être humain
se retrouve dans le mouvement universel: Prélude à notre visite
de Konya, deux jours plus tard.
13e journée:
Sur les traces
des Hittites
Nous prenons
la route dans la direction de Ankara, mais nous passerons la journée
à Bogazkale, site de Hattusa, capitale de l'ancien empire hittite.
Quel saut dans l'histoire: vers le XIXe siècle avant J.C., les Hittites
s'installèrent en Anatolie et se mêlèrent à la population locale,
les Hattis. Conquérants intelligents, ils se sont nourris de la
culture des peuples rencontrés, ainsi ils adoptèrent l'écriture
cunéiforme des Assyriens; ils devinrent maîtres de la région grâce
sans doute, à l'usage du cheval et à la science de la métallurgie.
Ils furent d'habiles bâtisseurs.
A partir du
15e s. avant J.C., ils dominent tout l'Anatolie centrale, des rives
de l'Euphrate aux côtes égéennes. Le premier traité de paix de toute
l'histoire fut signé en en 1278 av.J.C. entre le roi Hattusilis
III et Ramses II.
Nous sommes
impressionnés par l'ampleur du site. Ses ruines semblent s'étaler
à l'infini. On découvre bientôt une vaste terrasse occupée par un
grand complexe culturel Büyük Maret, également à vocation économique.
Un large bassin monolithique a conservé une partie de son ornementation:
deux beaux lions à cinq pattes (qui n'en ont que quatre suivant
qu'on les regarde de face ou de profil!)
Les remparts
à double fortification nous indiquent que la cité était bien gardée.
D'extraordinaires reliefs rupestres nous attendent à Yazilikaya,
sanctuaire religieux de Hattusa. Nous découvrons entre autres de
magnifiques bas-reliefs figurant les dieux en procession, alignés
les uns derrière les autres, comme des soldats.
Quelle sensation
extraordinaire, se retrouver plus de 15 siècles avant J.-C.!
14e journée:
Ankara, la capitale
Nous traversons
la ville, elle ressemble comme toutes les grandes villes du monde,
un lundi matin. Cette promenade permet de regarder défiler les grandes
avenues, les hôtels luxueux, les édifices modernes, les passants
pressés, un bout de la citadelle, l'assemblée nationale, le palais
présidentiel, quelques ambassades, des parcs luxuriants (nous ne
voyons pas les autres quartiers) pour arriver à l'incontournable
Musée des civilisations anatoliennes, un des plus remarquables musées
du monde par l'originalité de ses collections.
Installé dans
deux édifices reliés: un ancien caravansérail (Kursunlu Han) et
un petit marché couvert (Bedesten), le Musée nous fait voyager du
paléolithique au néolithique, au chalcothique, à l'empire hittite,
à la culture phrygienne, à la gréco-romaine et à l'ottomane.
Cette visite
constitue un temps fort de nos visites historiques,
Perdus dans
l'histoire ancienne de l'humanité, nous plongeons rapidement dans
l'histoire moderne en nous rendant au Mausolée d'Atatürk. Ce cénotaphe
grandiose est précédé d'une longue et large esplanade bordée de
lions couchés sur leur socle, le monument carré entouré de colonnades
apparaît comme un temple antique.
Nous y pénétrons
avec recueillement comme ces centaines d'écoliers et ces ressortissants
qui viennent rendre hommage à ce héros de la Turquie moderne.
Cette visite
nous permet de connaître davantage Atatürk et son oeuvre démocratique
et laïque, le choix de Ankara, centre des diverses cultures et situation
stratégique, comme capitale de la nouvelle Turquie, après la guerre
d'indépendance (1919-22)
Comme nous sommes
en pleine campagne électorale, nous nous informons sur la philosophie
des différents partis et sur les principaux enjeux.
Nous quittons
déjà Ankara pour nous diriger vers Konya.
15e journée:
Konya, ville de Mevlana
Dans cette ville
par excellence des monuments seldjoukides, nous allons visiter le
tekke de Mevlana.
Mevlana (Djalal
ud-Din Rumi), poète soufi, est considéré comme l'un des plus grands
mystiques persans du XIIIe siècle. Il exerça une influence considérable
sur la spiritualité musulmane. Son nom est également lié à l'ordre
des "derviches tourneurs". Le poète est aussi passionné
pour toutes formes d'art, telle la musique à travers laquelle il
perçoit la voie de son Bien-Aimé ou par la danse qui lui permet
de s'unir à Lui dans un mouvement sacré.
Le superbe dôme
vert du tekke de Mevlana, cône cannelé entièrement couvert de faïence
abrite les tombes du saint homme et de ses successeurs, qui font
du couvent l'un des plus hauts lieux de pèlerinage de la Turquie.
Dans une douce pénombre, s'alignent les cénotaphes des disciples
du maître et, au fond, ceux de Mevlana et de son fils. Chacun est
recouvert d'un épais brocart brodé d'or, sur lequel est fixé la
coiffe d'apparat, telle une stèle.
Sois comme l'eau
courante
pour la générosité et l'assistance
Sois comme le soleil pour l'affection
et la miséricorde
Sois comme la terre
pour la modestie et l'humilité (Mevlana)
AOUT 2003
(A suivre: la
Méditerranée)
Fabuleuse
Turquie I
Fabuleuse
Turquie II
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