Le Souffisme et l'individualisme sprituel d'aujourd'hui... III


Mevlânâ entend par «mort mystique»est la mort biologique

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par Damla Önol

La croyance deviendrait unique et égalitaire parmi les religions si l'on se concentre sur un seul fait: le Dieu pour lequel nous prions est le même. Selon l'étude sur le soufisme de Zarcone: « La créature humaine a été arrachée de sa patrie originelle et doit s'employer à reconquérir celle-ci à travers une série d'épreuve et de souffrances qui la conduisent à une mort mystique et une renaissance spirituelle. » Ce que Mevlânâ entend par « mort mystique » est en fait la mort biologique, soit du corps abritant l'âme de l'individu. C'est donc par cette mort qu'il y a une « renaissance spirituelle5 » dans lequel l'âme se libère des épreuves réelles pour se dissiper dans le monde immortel. La représentation de cette pensée se traduit par le son de la flûte appelé le ney, dont Mevlânâ fait allusion dans l'un de ses écrits:

Écoute la flûte de roseau se plaindre de la séparation:
Depuis que l'on m'a coupé de la roselière
à travers mes cris hommes et femmes se sont plaints
Je veux un cœur déchiré par la séparation pour y verser la douleur du désir
Quiconque demeure loin de sa source
Aspire à l'instant où il lui sera à nouveau uni. 6

Autre aspect important de la philosophie de Rûmî est ce qu'il appelle le « djihad7 » contre l'égo. C'est, en fait, le contrôle des pulsions passionnelles pouvant conduire l'individu à perdre son lien avec Dieu, et en accordant trop d'importance au monde matériel dans lequel il vit. Ce monde matériel, d'après Mevlânâ, est également la création de Dieu, l'individu doit donc toujours être reconnaissant envers son créateur. C'est dans les écrits du Livre du Dedans (Fîhi-mâ-Fîhi en persan), qu'il est possible de retrouver les principes de la lutte contre l'égo sur laquelle s'articule Rûmî. En s'inspirant et citant des versets coraniques, l'auteur utilise le registre du conte pour illustrer les rédactions sacrées concernant le subconscient. Ces écrits touchent plusieurs facettes de la vie humaine, et peuvent être considérés comme un guide mettant en surface les traits du subconscient humain. Il est possible de donner quelques exemples pouvant contribuer à la présente étude.

(...) L'homme est avide de ce qu'on lui défend. Plus tu ordonnes à une femme de se cacher, plus elle est tentée de se montrer; le fait qu'elle est cachée augmente le désir de la voir. Tu te crois tranquille alors que tu attises le désir des deux côtés; tu penses réformer les choses, alors que là est l'essence de la corruption! 8

Par cette citation il est possible de retrouver ce qui est souvent matière à opposition, antagonisme ou controverse. Il y a certes, un verset coranique sur la femme, qui est sujet a diverses interprétations. Toutefois, il est possible de voir l'interprétation qu'en fait Mevlânâ, qui se veut égalitaire à ce sujet. Il est possible de rencontrer la lutte contre l'égo que l'homme devrait mener pour le contrôle de ses pulsions envers la femme. Le sens peut être interprété des deux côtés, puisque l'auteur continue son argument en s'articulant sur le fait que les actions considérées mauvaises ne sont pas déterminées par le sexe de celui ou celle qui les commets. Il est possible de remarquer qu'il est, ici, question du voile, du hijab ou de la burka, la philosophie soufie de Rûmî fait apparaître un sens qui diffère des interprétations plus orthodoxes du Coran. Ce thème sera, toutefois abordé plus loin.

Si tu découvres un défaut en ton frère, il te faut savoir qu'en toi-même ce défaut existe. Le sage est semblable à un miroir; tu vois en lui ta propre image, car le croyant est le miroir du croyant. Écartes ce défaut qui te blesse; en réalité c'est par toi - même que tu es meurtri. P. 48

Le Livre du Dedans contient des centaines d'énoncés traversants tout ce qui pourrait être considérés des erreurs humaines. L'auteur met toujours l'emphase sur la relation de l'individu avec Dieu et il y parvient en sensibilisant le lecteur (ou l'auditeur, puisque ces écrits furent jadis lus par Rûmî lors des rassemblements dans les lieux tekke) par des récits portant une réflexion profonde sur chaque chose du monde inconscient de l'humain.

L'origine du mot derviche provient du persan. Pour une traduction française convenable, il serait de joindre l'idée de « pauvreté et de totale soumission9 ».

5 Idem.
6 op. cit, Thierry Zarcone, citation de Mevlânâ, du XIIIe siècle, traduit par Eva Vitray-Meyerovitch, p. 104.
7 op. cit. Thierry Zarcone, p. 31.
8 Rûmî, Le Livre du Dedans, traduit du persan par Eva de Vitray-Meyerovitch, Éditions Babel, imprimé en France, 2010, p. 121.
9 op. cit. Thierry Zarcone, p. 16.

A suivre


2 - Le soufisme de Mevlânâ se distingue de la pensée d'Ibn Arabi
1 - Les soufis mevlevis sont de l'école de Mevlânâ Celaleddin-i Rûmî

Mars 2013