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La
robe blanche des derviches représentant le passage à l'au-delà
(5)
par
Damla Önol
Son
mouvement circulaire, en rotation constante sur lui-même ainsi
que sur la piste peut être mis en parallèle avec le mouvement
du cosmos. D'autre part il est possible d'observer la posture
du derviche pendant sa danse, sa main gauche tournée vers
le sol représente l'énergie provenant de la terre, du monde
mortel, et sa main droite tournée vers le ciel incarne l'énergie
céleste. La musique qui accompagne ce rituel se compose de
quelques instruments donc des flûtes dont le ney, des percussions,
des luths et finalement des chants religieux.

Les derviches
sont vêtus d'une longue robe blanche, d'abord cachée par une
cape en laine noire qui le tourneur retire progressivement
juste avant son mouvement rotatif. Sa tête est également couverte
par une longue coiffe qui doit, selon la croyance, symboliser
la pierre tombale. En plus de l'exactitude que l'on observe
dans les mouvements, il est également possible de décoder
la signification des habits symboliques soufis. En effet,
lors de la cérémonie du sema les derviches se présentent vêtu
d'une cape noire par dessus la robe blanche et de leur coiffe,
et s'agenouillent durant les premières invocations, cette
première série de mouvement incarne la tombe ou la mort de
l'individu du monde mortel. Dans un second temps, lorsqu'ils
se lèvent en retirant tranquillement la cape noire, ils exposent
alors la robe blanche représentant le passage à l'au-delà,
c'est-à-dire au monde divin. En se levant du sol, ses bras
sont d'abord croisés, pour démontrer l'union de l'Être, unifié
à Dieu. Finalement, le mouvement giratoire avec les bras ouverts,
comme il a été susmentionné, signifie le rapprochement à Dieu
et le retrait du monde matériel. Durant les semas il est parfois
possible d'observer plusieurs derviches tourneurs qui exposent
leurs danses en même temps. Pour assurer la distance sécuritaire
entre les derviches tourneurs, le cheikh se déplace entre
eux pour leur permettre d'avoir l'espace nécessaire lors de
la cérémonie.
Comme
il a été susmentionné, le soufisme est apparu peu de temps
après la naissance de l'Islam. L'histoire politique et sociale
de la Turquie, depuis la fin du sultanat peut permettre d'établir
le lien important entre la croyance ou l'appartenance religieuse
et la culture. Pour repérer les moments transitoires importants
il faut, de prime abord, comprendre ce que sont les tekkes.
Nous avions défini le tekke par le mot couvent, mais il faut
distinguer ses caractéristiques ainsi que faire ressortir
ses particularités. Tout d'abord il est important de ne pas
confondre le tekke avec la mosquée ou le medrese. La mosquée
est le lieu de culte de l'Islam, et le medrese peut se définir
par le lieu d'enseignement religieux. Le tekke, quant à lui,
est un lieu de refuge, de cérémonie et d'échange d'idées sous
l'encadrement d'un cheikh, pouvant être propre à une confrérie
ou une école de pensée religieuse. De ce fait, l'école mevlevie
possède des tekke, où l'on enseigne également "la poésie,
la littérature, la musique, la calligraphie [et] la danse14"
ce qui se distingue considérablement du medrese. De plus,
il est important de souligner que les tekke en Turquie se
distinguent de ceux des pays arabophones, par le fait que
l'on puisse y observer un lien social établi entre les soufis
de la même confrérie, créant alors les échanges par conversation
et l'interaction que cela implique.
14.
Thierry Zarcone, La Turquie moderne et l'Islam, Éditions Flammarion,
France, 2004, p. 57.
A
suivre
4- Le mot soufi provient de suf qui signifie
la laine en arabe
3- Mevlânâ entend par "mort mystique"est
la mort biologique
2 - Le soufisme de Mevlânâ se distingue
de la pensée d'Ibn Arabi
1 - Les soufis mevlevis sont de l'école
de Mevlânâ Celaleddin-i Rûmî
Juin
2013
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