HENRI-RAYMOND CASGRAIN
(1831-1904)
Henri-Raymond
Casgrain voit le jour à Rivière-Ouelle en 1831. Après avoir
terminé ses études classiques, il choisit le sacerdoce. Il est déjà
pharmacien et médecin. Atteint de ophtalmie, il connaîtra un séjour
en Italie et en France mais le mal ne disparaissant pas, il se verra
confiné en chambre noire.
Partiellement
guéri, il est nommé vicaire à la cathédrale de Québec. Peu de temps
après, il enseigne à l'université. Considéré un chef de file, sinon
le fondateur de la littérature canadienne-française, il joue un
rôle de premier plan dans l'éveil littéraire au Québec. Ce qui fera
de lui, et ce, pendant plusieurs années, un censeur important des
lettres canadiennes-françaises.
RÔLE DE NOTRE
LITTÉRATURE
Oui, nous
aurons une littérature indigène, ayant son cachet propre, original,
portant vivement l'empreinte de notre peuple, en un mot, une littérature
nationale.
On peut même
prévoir d'avance quel sera le caractère de cette littérature. Si,
comme cela est incontestable, la littérature est le reflet des mœurs,
du caractère, des aptitudes, du génie d'une nation, si elle garde
aussi l'empreinte des lieux, des divers aspects de la nature, des
sites, des perspectives, des horizons, la nôtre sera grave, méditative,
spiritualiste, religieuse, évangélisatrice comme nos missionnaires,
généreuse comme nos martyrs, énergique et persévérante comme nos
pionniers d'autrefois et en même temps elle sera largement découpée,
comme nos vastes fleuves, nos larges horizons, notre grandiose nature,
mystérieuse comme les échos de nos immenses et impénétrables forêts,
comme les éclairs de nos aurores boréales, mélancolique comme nos
pâles soirs d'automne enveloppés d'ombres vaporeuses, comme l'azur
profond, un peu sévère, de notre ciel, chaste et pure comme le manteau
virginal de nos longs hivers.
Mais surtout
elle sera essentiellement croyante et religieuse. Telle sera sa
forme caractéristique […]. Elle n'a pas d'autre raison d'existence;
pas plus que notre peuple n'a de principe de vie sans religion,
sans foi; du jour où il cesserait de croire, il cesserait d'exister
[…]. Elle n'aura point ce cachet de réalisme moderne, manifestation
de la pensée impie, matérialiste; mais elle n'aura que plus de vie,
de spontanéité, d'originalité […].
Heureusement
que, jusqu'à ce jour, notre littérature a compris sa mission, qui
est de favoriser les saines doctrines, de faire aimer le bien, admirer
le beau et connaître le vrai, de moraliser le peuple en ouvrant
son âme à tous les nobles sentiments.
Février 2009
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