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"Les
soufis pendant des siècles, ont résumé sous l'expression de
terk-i dünya" (le renoncement au monde)
(6)
par
Damla Önol
Ce n'est
que par l'occupation des Ottomans depuis le XVIIe siècle que
certains couvents ont adopté des principes similaires. Le
tekke à l'origine n'était qu'un milieu de rencontre pour les
mystiques musulmans, où l'on pouvait retrouver les pratiques
religieuses très orthodoxes. Ce n'est que plus tard, par la
fréquentation des mécènes entre autres, qu'il y a eu une insertion
dans la structure sociale, ainsi que des échanges d'idées
ancrées sur la place de la religion dans les principes politiques.
Mevlânâ fut d'ailleurs sujet à plusieurs oppositions de la
part des mécènes et des orthodoxes religieux lorsqu'il était
question de sa critique de la charia (droit religieux musulman)
qu'il considérait son application trop injuste envers les
femmes d'ailleurs, et peu approfondie. D'après lui, les versets
coraniques ne pouvaient être interprétés à la lettre sans
y comprendre le sens profond et " humaniste15 "
qui y était caché. Le soufisme de l'école de Rûmî s'interprète
alors par:
Soit la
pratique mystique se donne pour objectif d'arracher l'homme
à sa vie " vulgaire ", de le détourner totalement
de sa vie de chair, et donc de sa fonction sociale, pour le
rapprocher de la divinité; elle se conformera alors à l'idéal
que les soufis en général ont, pendant des siècles, ont, pendant
des siècles, résumé sous l'expression de terk-i dünya (le
renoncement au monde) 16.
Par cette
citation, de Zarcone, il nous est possible de comprendre que
le soufi s'engage aux règles du tekke et de son cheikh pour
une posséder une dévotion plus profonde. L'engagement se définit
alors par le retrait du monde social, pour un dévouement à
la confrérie et surtout à la recherche du rapprochement à
Dieu. Il est donc possible de parler d'un soufisme orthodoxe
quand il est question d'un assujettissement complet retirant
l'individu de ses fonctions sociales. Selon Zarcone il était
possible de compter plus de trois cent cinquante tekkes en
1895, avant la fin du sultanat.
La montée
progressive des Jeunes Turcs au tournant du XXe siècle était
l'ère de l'émergence de la modernité en Turquie. Le retrait
des troupes qui occupaient les différentes zones du Moyen
Orient mena le grand Empire Ottoman qui a persisté d'exister
plus de trois cents ans, au déclin. Le renversement du sultanat
et du califat succéda aux longues périodes de guerres contre
les occupations étrangères à l'intérieur du territoire, ce
qui engendra également la montée progressive des réformes
du mouvement nationaliste des Jeunes Turcs en 1908. Originaire
de la région de Salonique en Grèce actuelle, Mustafa Kemal
Atatürk, fut le grand nom qui introduisit les principes fondamentaux
du modernisme occidental en Turquie, suite à une longue guerre
contre l'armée du dernier sultan qui a pris fin en 1923. Durant
toute cette période conflictuelle, il est possible de retrouver
les grands changements sociaux et culturels que cela a engendré.
En effet, c'est depuis la fin du XIXe siècle que les groupes
et idéologies nationalistes se sont formés. Les questions
concernaient les revendications sociales du peuple turc, en
plus de la question identitaire et d'appartenance liée au
détachement du traditionalisme. Il faut aussi noter que les
Jeunes Turcs étaient des nationalistes positivistes influencés
par la Révolution française de 1789, et désireux d'un progrès
réformiste semblable pour la Turquie, surtout en ce qui concerne
la séparation des institutions religieuses et politiques pour
l'établissement d'un État laïc.
Chez les
Jeunes Turcs positivistes, il y a eu pendant longtemps les
débats concernant la place de la religion dans l'espace public.
En fait, ces débats ont, par la suite, mené à la fermeture
de centaines de tekkes et des medreses, à l'exception des
tekkes mevlevis et bektachis, malgré certaines oppositions
par des figures politiques de l'époque comme l'intellectuel
Abdullah Cevdet. L'école bektachie est en fait une branche
du soufisme chiite, plus ancré dans la croyance alévie, tandis
que le soufisme mevlevi s'engage à la branche sunnite de l'Islam.
15
Ibid, p. 23.
16 Ibid, p. 59.
A
suivre
5- La robe blanche des derviches représentant
le passage à l'au-delà
4- Le mot soufi provient de suf qui signifie
la laine en arabe
3- Mevlânâ entend par "mort mystique"est
la mort biologique
2 - Le soufisme de Mevlânâ se distingue
de la pensée d'Ibn Arabi
1 - Les soufis mevlevis sont de l'école
de Mevlânâ Celaleddin-i Rûmî
Juin
2013
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