|
Binjamin
Sulte (1841-1923)
Binjamin
Sulte est né à Trois-Rivières en 1841. Après avoir perdu son
père très jeune, il doit travailler pour gagner sa vie; ainsi, il
ne peut pas aller au collège. À onze ans, il travaille dans une
épicerie avant de faire un peu tous les métiers: marchand, colporteur
de livres sur les bateaux, commis d'un marchand de bois, volontaire
dans l'armée canadienne. Cependant, il profite de ses loisirs pour
s'instruire. En 1866, il est rédacteur au Canada, fonctionnaire
aux communes et au Ministère de la milice. À cause de son anticléricalisme
et ses méthodes historiques plutôt médiocres, il a mauvaise réputation
auprès du clergé et les historiens.
PORTRAIT
DE PAPINEAU
Louis-Joseph
Papineau avait une belle grande taille, souple et droite, un port
noble, des mouvements gracieux. Tout en lui respirant la bonté.
Sa figure au repos était une vraie médaille; lorsque les traits
s'animaient ils parlaient aux yeux, tant la pensée s'y trouvait
dépeinte. La voix, sonore, bien timbrée, portait au loin, mais de
près, dans une conversation, elle était moyenne et toujours d'un
son agréable.
J'ai lu cent
lettres écrits de sa main, remplies de passages, longs et minutieux,
sur les membres de sa famille et leurs amis. Elles débordent d'affection,
de complaisance, de soin pour ceux qui lui appartiennent. Le ton
est chaud, la parole est gentille, la forme est gaie. C'est lui
que je l'ai connu longtemps après, lorsque j'allais dîner, le dimanche,
à son manoir de Montebello, car, les lettres en question datent
de 1810 à1837.
Ses lectures
étaient variées. Sa mémoire excellente lui permettait de puiser
dans les livres qu'il n'avait pas ouverts depuis longtemps. En conversation,
il se mettait juste au niveau de son interlocuteur. Chacun s'imaginait
que Papineau était comme lui-même. La différence d'âge n'existait
pas: il était vieillard avec les vieux et jeune avec la jeunesse.
Langage approprié et manières ajustées au rôle qu'il prenait; politesse
exquise et pas du tout fatigante: tel était l'idole des Canadiens,
et certes, personne ne s'est jamais moqué de cette gloire populaire
qui resta sans tache, car la vie privé du tribun fut un modèle de
la plus pure sagesse.
Dans ses
lettres comme dans ses discours, il avait la manière du XVIIIe siècle:
la longue période. Presque toutes ses phrases se divisaient en quatre
ou cinq membres séparés par le point virgule. On accorde de nos
jours trois membres, et encore plusieurs disent que c'est trop long.
Pas plus que ses contemporains il n'échappa à l'emphase qui régna
si fort en France de 1750 à 1850 et marque cet espace d'un siècle
d'une façon toute particulière dans l'histoire de notre langue.
Son vocabulaire était celui des orateurs, car il y a des expressions
qui sonnent bien dans la bouche et doivent leur valeur à la prononciation,
tandis qu'il en est d'autres, très expressives sur le papier, qui
ont moins bonne mine sur nos lèvres.
Mars 2009
Les articles
précédents du même auteur:
Henri-Raymond Casgrain (1831-1904)
Louis-Antoine Dessaules (1819-1895)
Roger Duhamel (1916-1985)
Michelle Le Normand (1895-1964)
La Maison Des Leclerc
Félix Leclerc I (1914-1988)
|