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Les
touristes sont plus en plus intéressés aux cérémonies des
derviches tourneurs
(8)
par
Damla Önol
Les confréries
soufies de l'école mevlevie reprennent en main leurs lieux
de culte progressivement grâce à leur rôle dans l'art musulman,
soit par la musique, la danse ou la littérature philosophique,
auxquelles les hommes politiques accordent une importance,
puisqu'elles contribuent à la culture de la République Turque
entre autre.
Suite
à la fermeture des tekkes ou des Mevlevihanes (maisons des
Mevlevis) en 1925, ce n'est que vingt-cinq ans plus tard,
durant les années cinquante qu'il y a eu une légère modification
dans cette restriction. Il était désormais permis aux soufis
mevlevis d'exposer la danse giratoire à un public. L'ouverture
des lieux de cultes et des tekkes ne s'est produit qu'à partir
des années quatre-vingt-dix. Aujourd'hui, Istanbul est l'une
des plus grandes métropoles du monde, et surtout connu dans
l'industrie du tourisme culturelle pour accueillir des millions
de touristes par année. Il est d'autant plus intéressant de
noter l'intérêt et la curiosité que peuvent avoir les touristes
pour les cérémonies des derviches tourneurs. En fait, il serait
opportun de parler de spectacle plutôt que de cérémonie ou
de rituel puisque qu'il est désormais possible d'y assister
lors des ouvertures des galas, des festivals, ou concours
internationaux dans lesquels la Turquie participent, tout
comme le Festival de Jazz de Montréal en 2001, ou quand Istanbul
a été choisie Capitale Européenne de la Culture en 2010. Il
est possible de remarquer que le fait d'exposer se danser
dans un rituel ou devant un public de touriste, ne change
pratiquement rien pour le derviche tourneur. Il est remarquable
aussi de voir qu'ils ont la capacité de se concentrer et d'entrer
dans ce mode méditatif quelle que soit la situation. La diffusion
des cérémonies / spectacles par les médias a également permis
au monde dans sa globalité de faire connaître les derviches
adeptes du soufisme de Mevlânâ. Qu'advient-il alors au sens
spirituel du soufisme mevlevi? Il est toujours possible de
retrouver des groupes privés qui s'efforcent de redonner aux
cérémonies du zikr ou du sema son fond spirituel, toutefois
suite aux nombreuses années de pratiques clandestines et d'expositions
dans le cadre culturel, il est possible de dénoter une perte
de sens. La danse giratoire pourrait désormais être considérée
comme une forme de méditation, tout comme le yoga ou le qigong,
puisque les individus en font usage pour arriver à une finalité,
celle de se libérer du stress du monde postmoderne. C'est
aussi l'une des raisons pour laquelle il y a de plus en plus
d'adeptes à ces pratiques, qui découlent d'une philosophie
souvent inconnue ou ignorée. Il serait peut-être opportun
de parler du " philistin22 " mentionné par Hanna
Arendt. Le désintérêt et l'indifférence face au sens intellectuel
ou spirituel dissimulé dans les facettes de la culture, est
propre au " philistin " de notre époque. Il est
de plus en plus facile de constater une diminution de la curiosité
chez les individus du monde actuel, la tentation d'obtenir
ce que l'on désire est tellement forte qu'il n'y a plus d'intérêt
à savoir le sens qui peut s'y trouver. Toutefois, il serait
inconvenant de généraliser cette constatation pour le cas
des soufis. Les enjeux économiques obligent les cloîtres mevlevis
à s'ouvrir et à s'adapter au monde actuel pour assurer leur
maintient et pour perdurer à travers le temps. De ce fait,
l'ouverture au secteur du tourisme et au monde du spectacle
leur permet de conserver leurs cloîtres, et parallèlement,
pour préserver leurs rituels et leurs cérémonies qui font
désormais parties d'une partie de la définition de la culture
turque.
Le soufi contemporain se démarque de son prédécesseur par
rapport à sa pratique ainsi qu'à ses activités. En fait, les
pratiques contemplatives restent les mêmes, les plus grands
changements sont en rapport avec les facteurs spatiaux temporels.
Le soufisme représente la forme de pensée religieuse qui se
doit d'être intériorisée d'abord individuellement.
22 Hannah ARENDT, «la crise de la culture. Sa portée sociale
et politique », La crise de la culture: huit exercices de
pensée politique, trad. P. Lévy, Paris, Gallimaird, 1972,
p. 260.
A
suivre...
7-
Avec la loi vestimentaire de 1925 le port du voile n'est pas
défendu
6- «Les soufis pendant des siècles, ont
résumé sous l'expression de terk-i dünya»(le renoncement au
monde)
5- La robe blanche des derviches représentant
le passage à l'au-delà
4- Le mot soufi provient de suf qui signifie
la laine en arabe
3- Mevlânâ entend par "mort mystique"est
la mort biologique
2- Le soufisme de Mevlânâ se distingue de
la pensée d'Ibn Arabi
1- Les soufis mevlevis sont de l'école de
Mevlânâ Celaleddin-i Rûmî
Décembre
2013
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