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Marcel Dugas
(1883-1947)
Marcel Dugas
est venu au monde en 1883 à Saint-Jacques-de-l'Achigan dans le comté
de Montcalm. Il fait d'abord des études au Séminaire de Joliette
et ensuite au Collège de l'Assomption et il obtient un baccalauréat
en 1906. Il suit aussi des cours de droit à l'Université de Laval
à Montréal. De 1915 à 1920 il publie beaucoup et il donne des conférences.
Il collabore aussi à l'Action, au Pays et au Nigog.
Cependant, ayant
vécu de longues années en France, il subit fortement le poids du
groupe des esthètes et son influence sur les lettres canadiennes
reste relativement faible. Mais, avec le temps et retardement, il
s'impose en profondeur sur la nouvelle génération d'écrivains et
de poètes.
Évocation du
Canada
Petite patrie
si chère dont le nom prononcé frappe l'âme, ouvre des sources jaillissantes.
Petite patrie, arche sacrée ou l'homme dans son souvenir passe et
repasse. Le voyez vous dépouillé de lui-même, et son cœur où pendent
des lambeaux ? Petite patrie, passerelle jetée entre deux mondes.
Tes érables
étaient si beaux; leur doux feuillage palpitait de nids et les feuilles
tremblaient d'extase quand le rossignol de minuit égrenait sa chanson
divine. À l'ombre de tes tilleuls, ma jeunesse épia les proies du
bonheur! J'ai couru dans tes chemin, hanté ton église où mon âme,
alors priante, se mélât à l'encens et aux grondements des orgues.
J'ai tout aimé de toi : terre, ciel, bois, moissons, et les sapins
neigeux qui tendaient leurs branches dans l'hiver inexorable. Et
ces veillées pleines de rires, d'histoires et de tabac. Comme il
fument ton tabac avec délices. Les gars, les grands gars de chez
nous! Richesse âcre ou mielleuse, suc de canelle ou relents d'enfer
emportant bouches et gosiers.
Petite patrie
dorée par la lumière ou battue des grands vents, de la neige et
de la pluie, ton image tremble en moi comme une gestation, un amour
indicible. J'ai le désir de vous, grands ormes berceurs où mon enfance
a ri à la lumière et, dans ma vieillesse errante, je tends vers
votre ombre mes mains misérables.
Et il y a la
grande, celle qui s'avance vers les siècles de l'avenir avec sa
figure avide de gloire. La terre, travaillée en tout sens, où les
morts tiennent conseil, s'entraîne vers les possibles. Quels fruits
en jaillissent, et faune et flore! C'est prodige des yeux et nourriture
des corps.
Juin 2009
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